Un cadenas sur la NBA

Reverse spot on the court at the United Center, Chicago, Illinois, USA. © Chris Elise

Au 1er juillet 2011, la décision tant redoutée par les observateurs, les fans, et toute personne travaillant directement, et indirectement, dans le monde NBA, est tombée sous la forme d’un mot: lockout. A lockout is a work stoppage in which an employer prevents employees from working.

En l’occurrence, les propriétaires des franchises NBA mettent le cadenas sur les salles d’entrainement, les salles NBA, et ne paient plus les joueurs. Sont en cause des désaccords entre joueurs et propriétaires sur la répartition des revenus. Des milliardaires et des millionnaires se chamaillent… Ce que je ne suis pas le seul à penser puisque le dernier MVP en date, Derrick Rose, déclarait cet été: « The way I think about it, it shouldn’t be billionaires and millionaires arguing about money« .

Ce lockout risque d’avoir des conséquences sur toute personne qui travaille de près ou de loin pour la NBA, et pour tous les médias qui suivent cette ligue. Régulièrement aux USA, je couvre la NBA pour le magazine Reverse, et l’éventualité d’une saison fortement amputée, voire annulée, est une épée de Damoclès sur mon travail.

Le journaliste Jonathan Demay a consacré cet été un dossier sur ce sujet – Dossier Lock-Out NBA : les médias basket Français en danger ? – dans son blog « En Pleine Lucarne » (blog sport et médias), en interviewant 8 acteurs des médias français du monde NBA, au nombre desquels je figurais:

  • Fred Lesmayoux, le rédacteur en chef du magazine Mondial Basket.
  • Fabrice Auclert, le rédacteur en chef du site BasketUSA.com.
  • Guillaume Laroche, directeur artistique du magazine Reverse et rédacteur en chef de Basketsession.
  • Frédéric Schweickert, le commentateur NBA pour Ma Chaîne Sport.
  • Pascal Giberné, correspondant aux Etats-Unis pour Basket News et le Parisien.
  • Pascal Legendre, directeur de la rédaction de Basket News, Maxi-Basket News et BAM.
  • Arnaud Lecomte, journaliste basket pour L’Équipe.

L’intégralité de ce dossier est consultable à cette adresse. Voici ci-dessous les questions posées par Jonathan Demay, et mes réponses.

Votre média en quelques mots…

Christophe Elise: Je suis photographe professionnel indépendant, un peu spécialisé dans les sports américains, ce qui ne m’empêche pas de couvrir tous les sports, et par ailleurs de réaliser portraits et reportages dans divers domaines. Concernant la NBA, je travaille depuis plusieurs années pour le magazine Reverse (et son site BasketSession), pour lequel je couvre la saison à raison de 3 séjours par an en moyenne aux USA.

Quelle influence aura ce lock-out sur votre activité ?

CE: Le lock-out va nécessairement fortement réduire mon activité et mes déplacements aux USA dès la fin de l’année 2011. Si je couvre aussi des matchs MLB et NFL, la NBA reste majoritaire dans mon activité outre-Atlantique car c’est le seul championnat réellement suivi en Europe, donc potentiellement rentable pour un free-lance. Il est probable que je n’aille pas en octobre/novembre aux USA comme je le fais chaque début de saison. En termes de revenus c’est une perte sèche immédiate dès la rentrée. Je suis tributaire du traitement que va mettre en place Reverse de la NBA. Moins de pages sur la NBA signifie moins de parutions photos, donc moins de revenus.

Quels changements sont à prévoir sur votre façon de travailler ?

CE: Compte tenu de l’état du marché en France de la presse, et du fait que la photographie de sports est un secteur niche, ce n’est pas si simple de reporter le travail perdu sur le sport en France. Par exemple, cela fait plus de 3 ans que je ne shoote pas la pro A qui n’est pas assez rentable. Selon les commandes que je peux avoir en France par des agences de presse, je vais couvrir plus de football, et les divers événements internationaux de sport organisés sur le territoire. Par ailleurs, il est probable que je m’investisse dans d’autres sujets, d’autres domaines que le sport, que – faute de disponibilité – je ne traitais pas jusqu’à présent. Ce pourrait toutefois aussi être une opportunité pour accéder à des joueurs NBA pour des portraits, ce qui préparerait l’after-lockout. Dans ce cas la, j’irai peut-être spécifiquement aux USA dès la rentrée pour des portraits.

Comment aviez-vous géré en 1999 ?

CE: J’étais alors journaliste à l’écrit et ne travaillais pas sur le sport.

Peut-on dire que seul la NBA fait vendre le basket en France ? Peut-on vendre sans NBA ?

26 April 2011: 2011 NBA MVP Derrick Rose, United Center, Chicago, Illinois, USA. © Chris Elise

CE: En terme de marché, non, je ne pense pas que seule la NBA fait vendre le basket en France. Il existe un marché, des titres, une couverture du sport. Mais à titre personnel, en tant que freelance, je ne peux pas gagner le quart de ce que je gagne avec la NBA, avec un quelconque autre basket en France. Le marché est trop étroit du fait d’un nombre de titres assez faible et que la presse nationale consacre peu de place à ce sport.
Et un photographe est en bout de chaîne, pour ne pas dire la dernière roue du carrosse. Nombreux sont les titres en France qui n’accordent aucune importance à l’image, qui estiment que cela ne fait pas plus vendre donc que ce n’est pas nécessaire d’y consacrer des ressources, ni de la place. C’est particulièrement vrai sur le web, mais cela affecte jusqu’à la presse nationale. Les quelques titres qui traitent de basket hors NBA, pour lesquels je pourrais travailler, sont déjà pourvus en photographes. Et sur un marché de niche, les places sont chères et ne tournent pas.

Croyez vous à un exode des joueurs NBA vers l’Europe ?

CE: Si exode il y a, il sera très provisoire de toutes façons. Il ne changera pas grand chose, ni sur le marché européen, ni sur le marché NBA. L’Europe peut-elle accueillir des contingents de joueurs NBA ? Je ne le crois pas, pas dans des conditions appréciables pour ces joueurs. La NBA est réellement un autre monde, de moyens, de conditions de travail, de vie, d’ambiance. Les joueurs NBA autres que des européens vont vite déchanter s’ils jouent en Europe. Combien pourraient vraiment à moyen ou long terme faire le choix de l’Europe ? Une poignée négligeable selon moi.
Je crois surtout que les joueurs ont tout à perdre de ce lock-out, que c’est un rapport de force qu’ils ne peuvent gagner, que la saison est probablement morte, et que, de fait, ils devront plier, et accepter des conditions plus défavorables encore que celles proposées récemment. En attendant, un paquet de personnes qui vivent plus ou moins directement de la NBA vont se retrouver sur le carreau.

 

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