Pas de finals pour les Bulls

29 January 2012:  Chicago Bulls point guard Derrick Rose (1) goes for the floater past Miami Heat shooting guard Dwyane Wade (3) during the Miami Heat 97-93 victory over the Chicago Bulls at the AmericanAirlines Arena, Miami, Florida, USA. © Chris Elise

29 January 2012: Chicago Bulls point guard Derrick Rose (1) goes for the floater past Miami Heat shooting guard Dwyane Wade (3) during the Miami Heat 97-93 victory over the Chicago Bulls at the AmericanAirlines Arena, Miami, Florida, USA. © Chris Elise

Certes, un seul match n’est pas révélateur du potentiel d’une équipe et de l’issue d’une saison, mais la défaite des Chicago Bulls au Madison Square Garden contre les Knicks, après une prolongation, a un peu plus renforcé mon inquiétude et mes doutes sur mes chers Bulls. Depuis hier soir, je tache de prendre du recul, de garder la tête froide. Rien n’y fait. Au regard de tous les matchs des Bulls que j’ai couverts depuis la saison dernière, des playoffs 2011 que j’ai passé à Chicago, de ce match perdu à Miami contre le Heat le 29 janvier 2012, une certitude prend forme dans mon esprit: les Bulls n’iront pas en finals en 2012.

Sans passer en mode panique, rien de ce que je n’ai vu cette saison ne m’autorise à imaginer que les Bulls traversent les playoffs en se défaisant de tous leurs adversaires, Heat compris, pour parvenir en Finals. La première équipe au classement de la NBA (au 9 avril 2012) n’est pas la meilleure équipe de la ligue. Pire, d’une saison à l’autre, les failles et faiblesses des Bulls n’ont pas été corrigées. Et tous les signaux sont au rouge.

Rose dependence

Ce match perdu contre les New-York Knicks marquait le retour des Bulls. Ce qui devait être une excellente nouvelle pour tout fan des Bulls (voire de basket tant le jeu du MVP peut etre excitant). Et cependant, stressé et fébrile, je me suis surpris devant mon écran à intimer à Thibodeau de… sortir Derrick Rose dans le moneytime ! Ce manque de sang-froid justifie à lui seul que je ne sois pas coach.. Mais il repose aussi sur la crainte, et le ras-le-bol, de voir les Bulls retomber dans une dépendance à Rose.

Soyons clairs, les Bulls ne sont évidemment pas une meilleure équipe sans leur point guard de génie. Ils ont néanmoins dû faire avec son absence ces dernières semaines, et jouer comme une équipe qui ne s’en remet pas à un seul joueur dans les moments chauds. Avec une réussite certaine, et une saine prise de responsabilité de la part de joueurs tels que Brewer ou Korver (John Lucas III aussi, mais son rôle va devenir nul désormais que Rose est de retour, relégué au rang de 2e backup), sans parler de Boozer plus constant. Rose est le MVP en titre, une star et un joueur hors normes qui est capable de porter une équipe sur ses épaules. Mais ces qualités indéniables affectent elles le jugement de Thibodeau lorsque les choses se gâtent ? Et, plus préoccupant, celui de Rose ? A voir comment celui-ci a conservé farouchement le ballon en fin de 4e quart-temps et en fin de prolongation, forçant des pénétrations lors d’une soirée où il a cumulé 8 pertes de balles, ne tenant nullement compte qu’Iman Shumpert était défensivement dans un état de grâce, responsable de nombreuses pertes de balle, je doute en effet que Rose soit toujours clairvoyant dans ses choix. Et je regrette que Thibs ne le soit pas plus. D’ailleurs les déclarations d’avant match de Derrick Rose m’avaient pour le moins choqué, lorsque – interrogé sur son probable retour et son temps de jeu, il affirmait tout naturellement concernant le poids du coach dans la décision: « It’s really not up to him, it’s up to me« , et « I think it’s up to me if I want to play a certain amount of minutes« . Et ce fut bien le cas. Malgré un bilan de 8/26 aux tirs et 8 pertes de balles sur l’ensemble du match, Rose a continué de faire ce qu’il voulait dans la gestion de l’avance de 10 points des Bulls à 3:45 de la fin du match. Sam Smith, beat writer pour le site des Chicago Bulls, relevait après match que Thibodeau « seemed to suggest just about everything he did suggest was ignored. » Inquiétant. Si Thibodeau pensait que les Bulls devaient faire vivre le ballon différemment en fin de temps réglementaire, ce qui n’est pas avéré, il devrait être capable de l’imposer. Son statut de meilleur coach NBA en titre, en passe de conserver cette distinction, lui confère cette autorité.

Will  somebody, anybody, please stand up ?!

14 March 2012: Chicago Bulls power forward Carlos Boozer (5) dunks the ball during the Chicago Bulls 106-102 victory over the Miami Heat at the United Center, Chicago, Illinois, USA. © Chris Elise

14 March 2012: Chicago Bulls power forward Carlos Boozer (5) dunks the ball during the Chicago Bulls 106-102 victory over the Miami Heat at the United Center, Chicago, Illinois, USA. © Chris Elise

Mon confrère Pascal Giberné, journaliste basé à New-York City, me faisait remarquer que Luol Deng n’a pas eu un seul ticket de tir en prolongation. Et il ne fallait pas compter sur Richard Hamilton qui n’est pas entré en jeu dans le 4e quart-temps comme en prolongation. A quel moment Derrick Rose – qui revient après 12 matchs de suite manqués, et 22 au total lors de cette saison raccourcie, alors que les Bulls sont à 8-4 sur la série et 15-7 au total – a su impliquer ses coéquipiers ? Où est la seconde option offensive des Bulls, celle que Rip était supposé apporter ? Ce dernier n’a pas eu – trop longtemps blessé – l’impact attendu cette saison. Et il ne l’aura pas plus cette saison, ni en playoffs, il est temps de l’admettre: il manque de jeu, de rythme et le match d’hier a montré qu’il craint les chocs sur son épaule des deux cotés du terrain.

Les Bulls ont appris à jouer sans que Rose ait le ballon dans les mains…contraints par son absence. Ils doivent désormais d’urgence parvenir à trouver des options offensives pour tout type d’opposition aussi lorsque Rose est sur le parquet. Sinon le scenario des playoffs 2011 va se reproduire: Rose va percer les défenses des équipes adverses, déresponsabiliser ses coéquipiers, jusqu’à ce que ce schéma simpliste ne fonctionne plus face à une défense qui saura l’étouffer, l’épuiser, et le contraindre dans des mauvais choix, ne pouvant plus s’en remettre à des coéquipiers devenus fébriles faute de tickets de tirs. Et ces mauvais choix, il a déjà montré qu’il est hélas capable de les faire. Sans même tenir compte que rater des lancers-francs dans des moments décisifs devient un début de tendance pour Rose: le 29 janvier 2012 contre le Heat dans leur salle, il ratait alors deux lancers-francs qui auraient scellé la victoire. Au passage, qu’aurait on lu sur LeBron James après une prestation comme celle de Rose hier en fin de match, et s’il avait lui aussi déjà failli par le passé à la ligne des lancers-francs en fin de match ! De clutch à choke, la frontière peut être mince. Je ne suis pas certain que Rose soit si clutch qu’on pourrait le penser.

If you lose the last game in the season, nobody gives a shit

Pour en revenir à cet unique match, je ne pense toutefois pas que les Knicks seront un obstacle majeur en playoffs pour les Bulls, pas sans Stoudemire ni Lin. S’il faut aux Knicks 43 points de Carmelo Anthony, dont deux trois points clutchs (4/5  au total), 8 pertes de balles de Rose, une avance de 21 points au premier quart-temps, 4 lancers-francs ratées successivement par les Bulls en fin de match, un Noah totalement dominé par Chandler (5 rebonds contre 16, dont 10 offensifs), pour battre les Bulls… je doute fort que sur une série NYC puisse éliminer Chicago ! Si les Knicks étaient si bons, ils ne seraient pas en train de lutter pour conserver la 8e place à l’Est ! Cette équipe ne fera peut-être même pas les playoffs. Alors que la seule préoccupation des Bulls est de conserver la 1ere place pour l’avantage du terrain tout au long des playoffs. Bulls et Knicks sont dans la même ligue et la même conference, mais pas dans la même catégorie.

Mais peu importe le très beau parcours des Bulls cette saison, sans et avec Rose, peu importe de finir en tête à l’Est ou de la ligue, peu importe le coaching remarquable de Thibodeau (surtout sa capacité à préparer ses joueurs match après match), car comme le relève Billy Beane (General Manager des Oakland Athletics) dans Moneyball:  « If you lose the last game in the season, nobody gives a shit.« 

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One Response to “Pas de finals pour les Bulls”

  1. […] Le Heat domine d’une courte tête les deux premiers quart-temps, les deux équipes se partageant le 3e quart-temps. A 22,7 secondes de la fin du match, les Bulls sont menés d’un point. Derrick Rose se retrouve sur la ligne des lancers-francs, depuis laquelle il réalise un parfait 29 sur 29 dans le 4e quart-temps depuis le début de la saison. Il rate le premier lancer-franc. Puis le second. A 3,7 secondes de la sonnerie finale il rate le tir de l’égalisation. Le Heat l’emporte 97-93. Les Bulls n’ont jamais mené ce match. « I let my team down » déclare un Derrick Rose toujours aussi sévère avec lui-même après le match. Le peu de rendement du reste de l’équipe – 11 points pour Richard Hamilton, 11 points et 10 rebonds pour Joakim Noah, 10 points pour Carlos Boozer et Ronnie Brewer – explique aussi les inquiétudes que je confiais sur les Bulls dans un post le 9 avril 2012. […]

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