Noah, New Yorker

11 December 2009: Chicago Bulls center Joakim Noah is seen prior to the Chicago Bulls victory 96-91 in overtime over the Golden State Warriors at the United Center, in Chicago, Illinois, USA.

Et si l’amour du maillot national, aux trois couleurs, jouer pour l’Equipe de France – quel que soit le sport – ce sentiment de fierté,  cet honneur, relevaient surtout du fantasme d’amoureux du sport, spectateurs et sportifs du dimanche, qui jamais n’auront l’occasion de représenter la mère patrie ? Face au micro, aucun athlète professionnel de haut niveau dédaignerait l’honneur qui lui est fait d’être sélectionné en Equipe de France. Et je pense vraiment que la grande majorité est sincère, et vous confie la même fierté hors micro.

Cependant, de temps en temps, j’ai pu croiser des athlètes de haut niveau qui n’accordaient pas grande importance à la sélection nationale, lui préférant des vacances, du repos, d’autres engagements, des joueurs snobant une équipe nationale Espoirs, pas aussi prestigieuse à leur goût que les Seniors (situation vécue, entendue, récemment…). Ces cas sont rares, et jamais publics. Ainsi, la récente franchise de Joakim Noah au détour d’une interview de mon confrère Pascal Giberné, journaliste français basé à New York, a de quoi surprendre.

Dans l’édition du Journal du Dimanche datée du 18 septembre, à la question de savoir s’il comprenait que certains se soient lassés de l’entendre déclamer son amour pour l’Equipe de France, sans jamais l’avoir rejoint en compétition officielle (pertinente question au demeurant), Joakim Noah répondait:

« Je conçois que certaines personnes ne comprennent pas. Cela les fait chier que je ne sois pas venu cet été. Mais je fais partie de l’équipe et je veux jouer un jour avec elle, c’est pour cela que j’ai fait en sorte d’avoir mon passeport français. Mais ce sera quand je serai prêt. Là, avec la négociation de mon contrat, c’était important de sécuriser mon avenir. Il faut aussi comprendre que mon attachement à l’équipe de France n’est pas le même que celui d’un type passé par l’Insep et qui a joué depuis tout jeune en sélection. Moi, je suis parti de France à 12 ans, je suis de New York.« 

15 December 2009: Chicago Bulls center Joakim Noah is seen during the Los Angeles Lakers 96-87 victory over the Chicago Bulls at the United Center, in Chicago, Illinois, USA.

Ma première réaction fût de traduire sa réponse en « je veux, mais quand je veux. C’est bien qu’on m’appelle en Equipe de France, mais là j’peux pas, j’irai, si, si, mais un peu quand je veux. Puis vous savez la France… mouais… Mais je veux y aller, si, si, je vais y aller. Mais quand je veux j’vous dis !« . Bref, Joakim Noah fait « partie de l’équipe » puisqu’il l’a décrété, mais est le seul à décider quand il jouera effectivement pour cette Equipe… Une réaction initiale de hater comme l’aurait souligné Guillaume Laroche (Directeur Artistique du magazine Reverse). Et il n’avait pas tort.

Noah est sincère, à l’inverse du « politiquement correct » évite de nous sortir le sempiternel discours sur l’amour du maillot (oui il était temps… il en a fini avec le « je kiffe l’Equipe de France » mais je ne viens pas…), avoue ses contraintes personnelles, son intérêt, reconnaît que son parcours ne peut lui donner le même attachement à la France qu’un jeune rouennais passé par l’Insep. Pour autant, on apprend dans l’interview que Team USA l’a contacté, tout comme les équipes nationales du Cameroun et de la Suède, et il réaffirme son souhait de vouloir jouer pour la France. Que 4 pays puissent prétendre à lui offrir de porter leurs couleurs symbolise le citoyen cosmopolite qu’est Noah, à l’image de la ville qu’il a rejoint à l’age de 12 ans. Noah est « de New York », d’abord et probablement avant de se définir comme français, franco-camerounais, franco-suédois… Il n’a ni grandi en France, ni été formé à l’école française du basket, et n’a pas connu ses (futurs) coéquipiers dans des sélections Juniors et Espoirs.

Tout le monde reconnait néanmoins son apport sur le terrain, sur le banc, et dans les vestiaires, lors de son court passage en Equipe de France. Ses qualités, ses progrès en deux ans, font de lui une pièce maitresse de la sélection. Alors certes, il ne faudra pas trouver l’excuse de la fatigue, d’une opération fantôme, d’engagements divers, d’un contrat à négocier, pour rejoindre enfin l’EdF l’année prochaine. Noah a grillé tous ses jokers. Mais il est attendu et espéré.

D’ailleurs, que ce soit pour les Chicago Bulls (Let’s go BULLS !) comme pour l’Equipe de France, Noah est un joueur majeur. Sauf deal très intelligent, trader Noah pour un autre joueur serait une erreur de l’organisation des Bulls. Lui et Derrick Rose forment un tandem complémentaire remarquable. Rose a besoin des qualités de leader – vocal, par l’attitude – de Noah, lui qui est réservé, voire effacé. On pourrait me rétorquer que je semble prendre la défense de Noah parce que justement j’aime les Bulls. Ce n’est pas complètement faux. Néanmoins, je ne connais pas l’homme et seul le joueur m’intéresse. Et ce joueur là, les Bulls, comme l’Equipe de France, en ont besoin. En bleu, mieux vaut tard que jamais.


Joakim Noah – © Christophe Elise

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7 Responses to “Noah, New Yorker”

  1. […] This post was mentioned on Twitter by Fabrice Auclert and Pierrick Chipotel, Christophe Elise. Christophe Elise said: Noah, New Yorker – http://blog.42sportsimages.com/noah-new-yorker/ […]

  2. Benny Da B' dit :

    Bah … il a quand même grandi en France de 0 à 12 …joué à Levallois même je crois …puis est parti à NY de quoi, 12 à 18 dirons nous ? Puis en Floride pour la fac, puis à Chicago pour la NBA. Donc en gros, NY est l’endroit ou il passé le moins de temps :):):)

    Après qu’il veuille dire par là, par cette image qui parle aux américains plus qu’au français d’ailleurs, qu’il est de partout et de nulle part … admettons … admettons…

    Il n’en reste pas moins vrai que ses arguments pour ne pas venir cet été était assez petit (selon moi). En pleine négo d’un contrat on peut pas jouer ? Mouais ….pourquoi pas ….mais sur aussi que l’inverse est vrai si on les capacités d’assumer son discours. Enfin, c’est ce que je veux croire.

    Pour le reste, je suis pas sur que l’attachement à la France, à un pays quoi, soit lié au fait de passer ses centres de formation d’élites sportifs ou le port du maillot en sélection de jeune. Sinon, dans ce cas…y a pas grand monde qui y serait attaché.

    Pour ma part, ce que je « reproche » si on peut dire, le plus à Noah, c’est d’avoir niqué la préparation de l’équipe de france, même sans jouer, en faisant plâner cet espèce de suspense trop longtemps, alors qu’il était je pense sur qu’il ne viendrait pas. Du coup, on a toujours plus ou moins compté sur lui dans les systèmes de jeu pendant bien trop longtemps pendant la préparation.

  3. Bah, il a passé son adolescence à NYC, visiblement c’est ce qui l’a le plus marqué. Il se définit ainsi.
    Avant d’aller à NYC, je ne savais pas qu’il avait joué à Levallois. T’es sûr ? J’avais entendu dire qu’il était très mauvais en arrivant à NYC en tous cas.

    Pour l’attachement à la France, je m’en tenais au monde sportif seulement.

    Il est possible qu’il pensait avoir son contrat plus tôt et donc pouvoir venir. Faut reconnaitre qu’il a toujours rien signé.
    Cependant, il est vrai qu’il a été gêné à la voute plantaire toute la saison, et que dans un coin de sa tête, il préférait peut-être se reposer tout l’été, donc ne pas venir jouer, donc qu’il savait en effet qu’il ne viendrait pas… Bref, je préfère lui laisser le bénéfice du doute sur ce coup là, parce que le gamin m’a l’air plutôt pas du genre à se gêner pour dire ce qu’il pense 😉

  4. Benny Da B' dit :

    Bon…on dirait (renseignement pris) que j’ma p’tet un peu déchiré sur la joyeuse enfance du sieur, visiblement pas mal New Yorkaise aussi … :)

    Qu’il aille donc jour pour la sélection nationale NiouYorkaise :)

    Mais non je ne suis pas un gros hater ! … la preuve… je sais meme pas ce que ca veut dire :)

  5. Benny Da B' dit :

    Je veux bien lui laisser le bénéfice du doute moi aussi :) Sans problème d’ailleurs, et en gros pour les mêmes raisons que toi.

    Mais j’aimerais bien quand même, qu’un jour, un sportif professionnel fasse comprendre qu’il en a marre de se faire traiter comme de la barbak…

  6. Benny Da B' dit :

    PS : La prochaine fois que tu le croises, dis lui que son collier de barbe poussif, ca fait pas net :)

  7. « Mais j’aimerais bien quand même, qu’un jour, un sportif professionnel fasse comprendre qu’il en a marre de se faire traiter comme de la barbak… »

    Ah ça… Bien d’accord avec toi. le souci est que millionnaires, leur perception est faussée. Ils se laissent traiter ainsi sans s’en rendre compte car les montants des contrats les aveuglent. Quand Noah nous sort qu’il ne peut pas venir en Equipe de France car il faut qu’il « sécurise (son) avenir », tout est dit.

    Certains l’ont compris. Il faudrait que tu puisses lire « A well-paid slave » de Brad Snyder, sur l’histoire de Curt Flood. Ou « Forty million dollar slaves » de William C. Rhoden

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