Microstock: « sans âme et à très bas prix »

December 2009: The USA flag is lit up with a spot light, at the United Center, in Chicago, Illinois, USA. © Chris Elise

Une certaine, et profonde, aversion pour les microstocks doit caractériser tout photographe professionnel sensé. Au-delà, toute personne aimant la photographie devrait n’avoir que mépris pour ces places de marché (tu parles !) de la photographie à bas prix. Récemment une amie attachée de presse m’a appelé pour me demander mon opinion sur ces sociétés. Elle avait l’opportunité d’avoir l’une d’entre elles pour cliente, et récoltait l’avis de divers photographes avant de se décider à travailler pour ce microstock. Elle a décidé finalement de se passer de ce client, ce qui ne pénalisera certes pas le lucratif business de ce microstock, mais aura eu le mérite d’élever un peu plus l’estime que je porte à cette amie.

Mais qu’est ce qu’un microstock ? J’aurais dû commencer par là, un prétexte idéal pour présenter en préambule Daniel Castets. Le photographe Daniel Castets rédige depuis quelques temps un billet d’humeur sur le marché de la photographie professionnelle, intitulé « La Grenouille ». Pertinent, intelligent, instructif, chaque lecture me réjouit. Ce photographe a récemment écrit un billet sur les microstocks, qu’il définit ainsi: « on appelle microstocks, les sites internet de vente de photographies sans âme et à très bas prix dont le siège social est généralement en Amérique du Nord« . Limpide. Pour en savoir plus, lisez le dernier opus de « La Grenouille »: http://passionplus.free.fr/page40/page40.html. Et sachez que je partage totalement le propos de ce photographe.

J’en profite pour pointer un autre billet de Daniel Castets, qui date de juillet 2009: http://passionplus.free.fr/page4/page20/page3/page3.html. Attardez vous particulièrement sur ce qu’il écrit sur GettyImages, à l’occasion de Roland Garros. Le propos n’est pas hors-sujet puisque GettyImages, cette belle et grande agence, a fait l’acquisition de nombreux microstocks ces dernières années.  Cette stratégie et ses pratiques, contribuent en France, comme aux USA,  à ce que Getty flingue allègrement le métier de photographe. Voici un aperçu de la situation telle que la décrit Daniel Castets:

« 224 photographes représentant 50 nationalités couvraient la Roland Garros. Sur ces 224 photographes 17 d’entre eux travaillaient pour Getty, soit 8%.
Des photographes salariés ? Pensez vous:
  • 9 photographes pour AFP associée à Getty
  • 3 photographes pour Wire Images, agence people récemment rachetée par Getty
  • 2 photographes pour Sport Illustrated, diffusé par Getty
  • 3 photographes de Getty ex Allsport
Bien entendu, c’est un photographe de L’AFP qui participait à placer les photographes et bien entendu Gérard Vandystadt et Christian PETIT de REGARDS DU SPORT ont été écarté de l’accès sur le court pour la remise des prix. Bien entendu, c’est mieux de favoriser « les américains » que les petits Français fussent-ils des pointures. L’hommage du vice à la vertu ?
(…)
Pour Roland Garros 2009, sur les 9656 photos diffusées sur le site de Getty, 5494 sont produites par les photographes AFP, soit 57%.
Sachant que Getty n’a pas un seul photographe salarié en France, pas plus que de desk-photo, on mesure le « service » considérable que l’AFP apporte aux Américains. Tout ça aussi avec nos impôts.
On peut être sûr que la manip sera reproduite pour le Tour de France qui est le plus grand événement sportif après la Coupe du Monde de Foot, etc, etc… ».

Retrouvez toutes les archives de « La Grenouille » en suivant ce lien.

Travaillant des deux côtés de l’Atlantique, j’ai l’occasion d’avoir une bonne vue d’ensemble sur l’impact de GettyImages. A titre personnel, il est assez choquant de voir le tapis rouge déroulé pour GettyImages à l’occasion de Roland Garros par exemple – avec le soutien, la complicité, et le pouvoir de l’AFP – alors qu’aux USA je peux vous garantir (pour ne prendre qu’un seul exemple) que GettyImages empêche fermement une agence de presse française, aussi légitime soit elle, de pouvoir obtenir des accréditations pour ses photographes pour shooter en NBA ou en NHL. Difficile de s’adresser à GettyImages, ils n’ont que des vendeurs en France et aucun éditeur ni photographe. Naïf que je suis, à deux reprises ces dernières années j’ai cherché à en savoir plus sur les conditions de travail pour cette agence, sans succès.

Un confrère photographe français installé aux USA de longue date, de grand talent, me confiait récemment que la situation là-bas n’est pas bien meilleure, une tendance forte à la grogne que j’ai constaté en discutant avec des confrères américains depuis un an :

« Bauer publishing, qui détient Life&Style et InTouch, vient de publier ses nouveaux tarifs: de $25 a $200 pour la pleine page. Life&Style ne bosse qu’avec GettyImages sous la forme d’un forfait. Ils ne prennent que quelques photos d’autres agences par semaine afin d’éviter un procès.
GettyImages n’est pas un concurent, mais un predateur.
Apres avoir tué le marché en Amérique du Nord, ils commencent à faire le menage chez eux: 60 personnes licenciées la semaine derniere. La prochaine vague sera réservée à leurs photographes gagnant « trop » d’argent selon leurs standards… ».

March 2010: Miami Beach, Miami, Florida, USA. © Chris Elise

Partager

3 Responses to “Microstock: « sans âme et à très bas prix »”

  1. Et aujourd’hui j’ai eu le profond déplaisir de recevoir par email une offre pour m’abonner à thinkstockphotos, un gros microstock de plus, lancé par… GettyImages, et que j’avais déjà repéré en février dernier.
    Pour un abonnement mensuel de 249 dollars vous offre (le mot n’est pas faible) la photo à 0,33 dollars…. (25 images par jour, 750 images par mois).
    Et mieux encore, pour un abonnement annuel, cela vous fait la photo à 0,28 dollars

    Il n’y a pas de photos editorial/sports pour l’instant… mais nul doute que ça viendra.

    Les tarifs français: 199 euros par mois, 1999 euros par an.

  2. LeMoustic dit :

    Bonjour Christophe,

    Je te rejoins sur toute la ligne. Mais tu sais en France aussi, les agences se coupent l’herbe sous le pied.

    Un exemple, Presse Sport et PanoramiC sont en cheville avec un club de rugby et vendent leurs images pour un forfait de 1500,00 € à l’année, oui à l’année !

    Donc, après comment peut-on s’en sortir ?

    Eric

  3. Difficilement sans un salaire à côté Eric hélas :-(

    Je te rejoins sur l’attitude des agences françaises, loin d’être irréprochables… Tu n’as pourtant pas mentionné les plus à pointer du doigt. Presse Sport est un cas à part, agence qui regroupe la production de l’Equipe, et Panoramic est plutôt réglo pour ce que j’en sais, et pour avoir bossé pour eux.

    En revanche, j’ai quelques dossiers sous le coude sur le sujet des agences photos en France. Possible que je publie ici un article dans les mois qui viennent. Il y a une agence en particulier en France qui a contribué à pourrir le marché en le tirant vers le bas, et pour laquelle aucun photographe ne devrait plus travailler afin qu’elle s’assèche et coule. Et je pèse mes mots.

    A bientôt au bord des terrains.

Laisser un commentaire