Le Roi est mort, vive le Roi !

NBA player Lebron James, Miami Heat, former Cleveland Cavaliers. © Chris Elise

Lebron James rejoint Dwyane Wade et Chris Bosh au Miami Heat. Et je suis déçu. Dès février dernier, j’envisageais sérieusement l’hypothèse d’un Lebron James aux Chicago Bulls, faisant de cette équipe un prétendant immédiat au titre. Finalement c’est Miami qui a décroché un jackpot inespéré en alignant un triumvirat tel qu’on en avait pas vu depuis que les Bulls dominaient la NBA avec Jordan, Pippen et Rodman. Et je suis déçu. Carlos Boozer et Kyle Korver posent leurs valises à Chicago, et avec un ou deux recrutement de plus, les Bulls vont se renforcer et seront très compétitifs. Cependant, l’hypothèse Lebron était plus que séduisante.

This fall I am taking my talents to South Beach and play with the Miami Heat. The major factor was the best opportunity for me to win, to win now and for the future also. Winning is the most important thing for me. I feel like this is going to be the best opportunity. – LeBron James, ESPN’s « The Decision », July 8, 2010.

Une fois la déception passée et les sarcasmes faciles épuisés (puisque Wade est bel et bien le King de Miami, Lebron devient de facto… The Queen), j’ai tenté de comprendre les motivations de Lebron James, les raisons qui l’ont poussé à rejoindre une équipe qui jamais ne sera son équipe. Car sa décision m’a surpris. Elle était prévisible depuis quelques jours avant ce show narcissique délirant sur ESPN annonçant sa décision, dès lors que plus aucun free agent d’importance ne pouvait rejoindre les Cavs, tous ayant signé ailleurs, mais elle n’en reste pas moins surprenante et peu compréhensible.

Reprocher à Lebron James un manque de loyauté envers la mère patrie Cleveland est simplement stupide, tout autant que la réaction épidermique de Dan Gilbert, le propriétaire des Cavs (en français, et en version originale). Que je sache pour une fois un joueur NBA n’a pas fait le choix de l’argent, mais a préféré se donner les meilleures chances de gagner un titre au plus vite. Reste qu’au final, Chicago combinait ces deux facteurs. Sur et en dehors des parquets, Lebron James pouvait accroitre sa fortune, et s’entourait de joueurs capables de le suivre et l’épauler dans sa quête d’un titre de champion. Il aurait ainsi pu batir une dynastie, à l’image de celles de Jordan, de Kobe…mais je pense que la clé est là: Lebron n’est fondamentalement pas du même bois que Larry Bird, Michael Jordan, Kobe Bryant ou d’autres. Il a beau s’être auto proclamé the King, Lebron n’est pas un Roi, et sa décision cet été le dévoile.

Dwyane Wade of the Miami Heat, 5 november 2008, Miami, Florida, USA. © Chris Elise

Cela n’en fait pas moins un joueur exceptionnel, hors normes, un futur hall of famer. Mais alors que beaucoup voyait en lui un seigneur de la race des Jordan et Bryant, un compétiteur né, leader, Lebron James se révèle être plus un second, un lieutenant. Et d’ailleurs ce rôle pourrait lui convenir à merveille. Son attitude lors de la série de playoffs face aux Celtics mettait fortement en doute sa capacité à être un vrai leader d’équipe, surtout quand la victoire n’était pas à portée.

Et si Lebron James était surtout et d’abord un coéquipier sympatique, enjoué, toujours prêt pour des rituels d’avant matchs, des danses et blagues avec son équipe, un jeune type de 26 ans, terriblement doué, physiquement hors normes, qui aime s’amuser, aime sa vie, veut gagner, de l’argent, des titres, le respect ?  Loin du compétiteur compulsif, à la rage de vaincre pathologique, qu’était Michael Jordan, tel que décrit par le journaliste Sam Smith dans son livre « The Jordan Rules« . Lequel Sam Smith a écrit le 9 juillet un article qui m’a conforté dans l’analyse que je fais de Lebron James et des raisons pour lesquelles il a préféré rejoindre Wade à Miami que batir sa propre dynastie à Cleveland, à NYC ou à Chicago.

It’s just maybe James isn’t what we thought he was or what we want him to be – Sam Smith

Dans cet article intitulé, « Will the real LeBron James please stand up ?« , le très talentueux Sam Smith défend la thèse d’un Lebron James plus proche d’un Scottie Pippen qu’un Michael Jordan, plus jeune jouissif des talents et opportunités que la vie lui a donné, que soucieux d’être le prochain Bird/Magic/Jordan/Bryant. Lebron James réaliserait beaucoup ce qui est attendu de lui, et non pas ce qu’il souhaite vraiment faire, ce qui correspond à ce qu’il est: « He always has had an unusually fun loving relationship with teammates unlike most stars, and his game lent itself as much to passing and team play. But people expect great players to be great scorers to surpass the greatest. So James showed he could do that. » écrit Sam Smith. Une analyse et un avis que je partage complètement. Lorsque Sam Smith rappelle l’anecdote suivante, il ne faut peut-être pas simplement y voir une classique arrogance de superstar NBA et/ou de joueur américain, mais l’expression de cette réalité d’un Lebron James coincé à devoir faire ce qu’on attend de lui qu’il fasse: « It was interesting to hear him say last season when Kevin Durant was winning the scoring title that he could if he wanted to. Maybe James was beginning to say he was going to do what he wanted to rather than what everyone expected him to do and be. »

14 March 2010: Miami Heat guard Dwyane Wade reacts after he scores during the Miami Heat 100-89 victory over the Philadelphia 76ers at the AmericanAirlines Arena, in Miami, Florida, USA. © Chris Elise

La décision de James de quitter Cleveland, non pas pour établir sa dynastie à NYC, à Chicago, mais pour rejoindre un joueur NBA qui a déjà gagné un titre l’année même où toute la NBA, les médias, les fans n’avaient de yeux que pour Lebron et Carmelo Anthony, est significative. Lebron ne peut ignorer que Miami ne sera jamais son équipe, tant que Wade portera le maillot du Heat. Et à 26 ans, après 7 ans de NBA, James n’a pas les excuses ni les raisons d’un Karl Malone ou d’un Gary Payton, signant aux Lakers de Shaq et Kobe. Il n’est ni rincé, ni en fin de carrière. Lebron rejoignant Miami avec l’espoir de gagner un ou des titre(s), en s’associant à un champion, m’apparait comme l’expression d’un coming out sportif assumé: je ne suis pas celui que vous croyez, celui que vous voudriez tous que je sois, mais je suis un joueur qui va gagner des titres, avec la manière même dans l’équipe d’un autre. Nul doute dans mon esprit que Lebron James va produire des statistiques historiques dans les saisons à venir. Je rejoins en ce sens totalement l’avis de Sam Smith qui le voit bien réaliser un Oscar Robertson (triple double de moyenne sur l’ensemble de la saison).

Le seul point négatif du choix de Lebron James est bien relevé par Sam Smith, « It’s just there is no way you win your championships in a trio like that and move to the top of the NBA greatest list« , avant de noter que Lebron James se moque peut-être bien de cela: « This was a guy, after all, who went to a lower competitive high school so he could play with his buddies. Be the big fish in the small pond ? Perhaps« . Je doute toutefois qu’en gagnant plusieurs titres, et en battant quelques records, Lebron ne finisse pas sa carrière dans le « top of the NBA greatest list« . Quoiqu’il en soit, le Roi est mort, vive le Roi ! Et bon vent à toi Lebron James.


Lebron James – © Christophe Elise

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16 Responses to “Le Roi est mort, vive le Roi !”

  1. DiZzY dit :

    Il a fait une grave erreur, en restant aux cavs il aurait été la star de l’ohio a jamais (avec ou sans titre) la il ne sera plus que le traite …
    Triste pour lui
    J’aurai aimé le retour de l’enfant de chicago aux bulls

  2. KBryant dit :

    Chris Bosh et non Bosch!!
    Tres bon article!We’re all witnesses of a quitter!
    Il ne sera jamais l’egal d’un Kobe ou un MJ meme avec des titres!King sans ring!

  3. Oups, c’est corrigé.
    Je ne pense pas que c’est un « quitter », tu es sévère.

  4. Steph dit :

    Excellente analyse que celle de Sam Smith en effet et donc article de Chris dans lequel je me retrouve… Je n’ai pas grand chose à ajouter si ce n’est que je pensais pour ma part que Wade allait signer dans son Chicago natal… Pour ce qui est de Bosh, aucune surprise sur son association avec D-Wade… La surprise sera venue pour moi aussi de ce roi autoproclamé de James. Un king qui semble jouer les méthodes Couet en portant un titre royal comme pour se persuade qu’il en a l’étoffe ! Je ne critique pas l’homme ni me^me le joueur tant ses qualités physiques son indéniables… mais comme il est édifiant de ne pas assumer plus son rôle de joueur de premier ordre et ce à seulement 26 ans !!! Pour moi ce choix (ô combien sur-médiatisé) est un aveu de faiblesse… Lebron semble reconnaitre qu’il a les qualités physiques d’un grand joueur sans avoir pour autant le mental du champion, l’instint de tueur que pouvaient avoir un Jordan… Décidément, le roi a de beaux jours devant lui mais il lui sera bien difficile de se hisser à la hauteur de sa majesté… MJ pour malheureux James ? Peut-être…

  5. moelaffite dit :

    Très bonne analyse! Le seul point où je ne suis pas tout à fait d’accord, c’est le passage sur « le manque de loyauté »… C’est Lebron qui bassine tout le monde sur ses racines, sa fidélité à Akron et Cleveland, c’est cette attitude qui fait que les gens pensent à une trahison. Personnellement, je suis très déçu de sa décision, j’émets vraiment des doutes sur le Heat de l’an prochain, je ne vois pas ces trois stars cohabitées…

  6. Benny Da B' dit :

    Bon…autant je n’aime pas Lebron, autant j’ai pas de sympathie particulière pour Cleveland, autant je trouve qu’au final on lui fait peut être un mauvais procès.

    Après tout, que lui reproche t’on ? ? D’en avoir marre de se faire sortir au moment « sympa » des playoffs après avoir passé toute une année (de plus) dans une ville comme Cleveland ? ! :) La vérité…on le serait à moins.

    Et surtout, pour revenir sur des choses plus sérieuses, je n’ai jamais été trop fan de l’approche « Messie » / Homme providentiel que l’on a très souvent en sport et encore plus dans les sports US. Est-ce définitivement plus noble d’être le roi du bac à sable que de faire partie de la team qui met la loi sur tout le square ? On nous dit « on ne se souviendra pas de ses titres s’il les gagne à plusieurs ».

    OK. Et s’il en gagne aucun, on se souviendra de quoi ? Du looser magnifique ? non…probablement non…en tout cas pas aux States, c’est un truc de froggies çà.

    Tout çà pour dire que même si je suis pas ravi que Chicago ne soit pas renforcé (avec WADE!) Je ne suis pas sur de bien comprendre ce qu’on peut reprocher à Lebron au final. Tant de joueurs ont cru toute leur carrière qu’ils pouvaient gagner seul, avant de découvrir à 35 ans que non et de se fourvoyer dans un trade « honteux » pour la bagouse. Lebron, fidèle à sa précocité, l’a déjà compris à 26 ans ! :) C’est tout. Ca lui laisse une dizaine de piges pour aligner les cailloux !

  7. Mon Benny à moi: words of wisdom !
    Je plussoie 100 fois.

  8. Aurelien Lemaine dit :

    Merci pour tout M. Elise, tu fait du super taff.
    Le site est génial, mis à part les posts de certain qui n’ont rien compris au basketball.
    Bonne continuation

  9. Seul le futur nous permettra de savoir si c’était le bon choix. ces 3 joueurs n’ont pas le droit à l’erreur .. Mais ils ont de la marge et je fais confiance aux dirigeant du heat pour trouver les mots pour faire venir de bons joueurs à leurs côtés..un supporter des Lakers !!

  10. KBryant dit :

    Ca risque d’etre compliqué pour eux car faire un team sur 3 joueurs face aux Lakers qui sont complets ca sera pas du gateau!Surtout que cote defensif c’est pas vraiment le point fort au Heat!Kobe s’occupera de Wade,ROn se fera un plaisir face a LBJ et Pau enverra un twitt a Bosh!Plus serieusement je pense que ca sera pas pour cette année!
    Tout etait prevu depuis 2ans soit disant!EN tous cas LBJ qui ‘aime’ Akron,c’est la bonne blague!Il voulait plutot s’eloigner de la bas pour plus croiser Delonte!
    J’aurais bien vu un de ces 3 aux Bulls mais la NBA va perdre de son charme car reunir les stars ne les opposent plus et ca gache un peu l’image!
    Mais LBJ ne sera jamais un vrai King car les grands joueurs gagnent sans bouger!Cleveland restera encore une ville de maudits pour quelques années!

  11. benjamin dit :

    tres bon article, point de vue intéressant, ca change des reactions épidermiques qu’on lit un peu partout !

  12. dan dit :

    c’est dommage que LBJ n’est pas choisi Chicago ou plutôt NYC, on aurait pu avoir une sacré conf est avec miami (wade + bosh + money), boston (pierce, garnett, rondo, allen), orlando (howard, carter, lewis, nelson), chicago (noah, boozer, rose, deng) et NYC (james, stoudemire, felton). Souhaitons que NYC et orlando touvent chacun un trade pour se renforcer car boston et chicago me paraissent équiper pour rivaliser avec miami (en attendant de voir les joueurs qui les rejoindront au salaire mini; et ça pourrait faire mal).

  13. Quissouije dit :

    Sauf que ce que tout le monde oublie, c’est que si James devient le patron de cette franchise, qu’ils gagnent plusieurs titres en battant tous les records mais surtout que c’est lui qui domine les stats et qui a le leadership de l’équipe, alors il sera considéré comme l’un des tous meilleurs de l’histoire.

  14. jayjaydinho dit :

    Tres bon article….rien à rajouter…g crois k c la bonne analyse!!!Lebron n’etait pas capable d’etre un leader et de faire un titre dc il a fait un choi en tte lucidité et rejoignant la Team de Flash….

  15. Dayme dit :

    Je pense que Lebron a fait le choix logique de s’associer à des All-Stars confirmés plutôt que des jeunes joueurs comme Rose qui malgré son talent indéniable risque de se sentir à l’étroit avec Lebron à ses côtés ET UN SEUL BALLON pour les deux.

  16. nazaire dit :

    Les schémas du passé ne sont pas appelés à se perpétuer indéfiniment. Je comprends que la démarche de Lebron choque ceux qui jusque-là étaient habitués à autre chose.

    Je pense que Lebron peut avoir raison de vouloir se débarrasser rapidement du poids que représente le fait de ne pas encore avoir gagné de titre.

    Hypothèse : s’il gagne le titre les deux prochaines années par exemple, il sera troujours temps pour lui d’intégrer une franchise à lui où il serait le seul patron. Et s’il gagne à nouveau, qui se souviendra de sa décision actuelle ?

    Vous me rétorquerez qu’il y a beaucoup de « si » dans ma thèse. Certes, mais attendons de voir ce que le choix de Lebron va donner.

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