Good black don’t crack

The soul of baseball

The Soul of Baseball: A Road Trip Through Buck O'Neil's America, Joe Posnanski

Nul n’est besoin d’aimer, ni de connaitre, le baseball pour s’émouvoir à la lecture du livre de Joe Posnanski. Le titre – « The Soul of Baseball, A Road Trip Through Buck O’Neil’s America » – pourrait porter à confusion, mais pourtant le baseball n’est au mieux que le décor, et non le sujet, d’un voyage auprès d’un homme extraordinaire, Buck O’Neil. Et c’est ce personnage qui donne toute sa saveur à ce récit.

Une année durant, le journaliste américain de sports Joe Posnanski a collé aux basques de Buck O’Neil à travers les Etats-Unis, alors que ce dernier parcourait le pays pour faire connaitre, et reconnaitre, les talents des joueurs noirs des Negro Leagues, ligues datant du temps où le baseball aux USA était un sport ségrégationniste qui n’acceptait dans ses rangs que des visages pâles. Buck O’Neil fût l’un des joueurs, puis le manager d’une équipe des Negro Leagues – les Kansas City Monarchs de la Negro American League – avant d’être scout pour les Chicago Cubs puis de devenir en 1962 le premier coach afro-américain d’une équipe de la MLB (Major League Baseball, la ligue professionnelle nord-américaine de baseball).

Son, in this life, you don’t ever walk by a red dress

Assez pour la partie biographie, ce que n’est pas plus l’essence du livre de Joe Posnanski, qu’une histoire du baseball. Suivre Buck O’Neil page après page, c’est entendre ses éclats de rire, sourire de ses leçons de vie, livrées sans le moindre ton paternaliste ni sentencieux , s’émerveiller de sa capacité à voir le meilleur en chaque être humain, en chaque situation, s’étonner de le voir balayer comme une évidence, avec cœur et générosité toute aigreur pourtant bien légitime de n’avoir pu avoir des chances raisonnables de pratiquer le baseball en MLB, et ainsi faire taire les critiques cruelles et infondées.

We could play ! He would shout – and for many years few wanted to listen or believe. And yet Buck persisted. He still loved baseball. He loved people. He forgave, but so easily that it hardly seemed like forgiving. All those bad memories faded into nothingness, and in the place of muffled dreams, Buck recalled hot jazz in smoky bars and steaks that melted in his mouth like cotton candy.

Le livre de Posnanski est riche des anecdotes vécues par Buck, de ses bons mots qui sonnent  parfois comme de courts couplets de chansonnettes (posés ainsi par Posnanski), de l’apaisement, de la joie, du bonheur, qu’il savait prodiguer aux personnes dont il ne faisait que croiser la route, et qui réalisaient instantanément que ce vieil homme (94 ans) était particulier (« He’s a great man, I can just tell » dira l’une d’entre elles, qui le croisa 15 secondes, sans même le connaitre de nom).

The greatest thing, In all my life, Is loving you

D’aucuns pourraient qualifier l’esprit du récit de naïf. Seulement il ne s’agit pas d’une œuvre de fiction, mais d’un court passage sans pathos de la vie d’un homme qui la consacra à ce sport qu’il aimait tant, et qui n’en oublia pas moins d’être ouvert aux autres, à l’écoute, en toutes circonstances. L’écriture de Joe Posnanski donne relief à des situations émouvantes, comme celle qui voit Buck O’Neil discuter au Negro Leagues Baseball Museum avec un Willie Mays à fleur de peau, triste et mélancolique (chapitre: « They can’t take that away from me« ).

Ce livre offre ainsi l’opportunité de découvrir des bribes de l’Histoire des Negro Leagues et de ses joueurs. Mais une histoire vivante et vibrante, couchée sur le papier sans statistiques ni descriptions académiques, qui résonne des noms de Cool Papa Bell, Josh Gibson, Oscar Charleston, Satchel Paige, Monte Irvin, Jackie Robinson, etc. Au passage, sans véhémence ni jugement, Buck O’Neil livre, au travers d’anecdotes, un aperçu du racisme ordinaire profond qui gangréna le baseball, à l’image de la société américaine. Comme celle de lanceurs incapables d’être performants  en MLB – une fois la barrière de la couleur de peau tombée – par peur des conséquences si jamais ils touchaient de leur balle un frappeur blanc; ou celle qui a vu Sonny Brown être le premier noir à frapper un home run dans l’American League:

When Sonny walked back to the dugut, nobody shook his hand. Nobody said congratulations. Nobody even looked his way. He sat down and then, Buck O’Neil said, Sonny Brown watched Jeff Heath take his bat, the one Sonny had used to hit the home run. Heath looked at it for a split second and then smashed it against the wall. Sonny Brown talked with Buck about that moment a lot – the moment when he watched pure hatred crashing against a dugout wall.

Joe Posnanski a eu la chance et le bonheur de passer la saison de baseball de 2005 auprès de ce bel homme. Buck O’Neil est décédé  le 6 octobre 2006, à un mois de fêter ses 95 ans. Heureusement, vous pouvez encore le découvrir, et certes regretter de ne pas avoir pu l’enlacer un jour avec chaleur. Prenez ce livre, accordez vous du temps, préparez vous à passer  par toutes les émotions, à sourire, à sentir l’émotion vous envahir, et faites connaissance avec John Jordan « Buck » O’Neil qui ne manquera pas de vous rappeler que: « It isn’t how long you live. It’s how well you live« .

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