Confessions d’une star

04 March 2012: New York Knicks guard Iman Shumpert (21) is seen taking a jumpshot, between the legs of a referee during the Boston Celtics 115-111 (OT) victory over the New York Knicks at the TD Garden, Boston, Massachusetts, USA. © Chris Elise

04 March 2012: New York Knicks guard Iman Shumpert (21) is seen taking a jumpshot, between the legs of a referee during the Boston Celtics 115-111 (OT) victory over the New York Knicks at the TD Garden, Boston, Massachusetts, USA. © Chris Elise

« Dans mon esprit tu es un peu une star du milieu« . C’est sans ironie ni moquerie qu’un ami photographe professionnel me glisse, au détour d’une conversation sur notre métier, cette phrase. La précisant d’un « le gars qui fait de la Major League (baseball, ndlr) et de la NBA« . Certes, le décalage entre la réalité de mon quotidien de photographe professionnel – de sports en particulier, spécialisé dans les sports américains – et la vision de fans de sports, d’amateurs de photographie, voire même d’ami(e)s, m’est habituel. Les personnes me connaissant un peu, ou suivant mon travail, ont de mon job l’image glamour d’un photographe, entre deux avions, au bord des parquets et des ballparks, profitant de son temps libre en sirotant une Piña Colada, un Mojito ou une bière, au choix dans un bar de Chicago, de San Diego, ou Boston, au bord d’une piscine à Los Angeles, ou sur la plage de  Miami South Beach, sortant en club le soir avec quelques joueurs NBA millionnaires… Mais la réalité est tout autre. Et qu’un confrère photographe puisse penser que je sois « un peu une star du milieu« , aussi innocent que cela soit, m’embarrasse.

Non seulement je ne me sens pas une seconde dans la peau d’une star, mais ce confrère n’a pas moins de travail (probablement plus) ni de mérite que moi dans son quotidien de photographe professionnel. Le qualificatif de star me vaudrait aussi celui d’imposteur tant cela est inexact. Et je ne peux être associé à ceux qui peuvent légitimement être désignés ainsi.

Alors, après avoir commencé à vider mon sac sur le système absurde français qui laisse les photographes professionnels de presse (freelance) totalement vulnérables face aux abus, le besoin de faire une mise au point se fait ressentir, et ainsi de me positionner à la juste place que j’ai, de me défaire d’un statut illégitime, quitte à casser une belle image.

Juste un rookie

Le constat est sincère et factuel: je suis un photographe professionnel de sports lambda, plutôt jeune dans le métier (5 ans), qui n’a de spécificité que celle d’avoir choisi de travailler en priorité (mais pas exclusivement) sur des sports que j’aime. Ainsi, à force d’efforts, d’un peu de culot, et grâce à la confiance de quelques rares personnes qui m’ont donné ma chance (Guillaume Laroche, directeur artistique du magazine Reverse est en tête de cette courte liste), et en faisant de nombreux sacrifices, je réussis depuis quelques années à couvrir la NBA, la MLB, plus rarement la NFL. Mais rien ne m’est jamais acquis. Je savoure ma chance lorsqu’un budget de reportage est bouclé, à chaque accréditation confirmée, à chaque début de match. Le reste du temps, je travaille en France sur tous les sports que je peux couvrir, partout où il faut se déplacer, pour le compte d’agences de presse, magazines ou journaux, dans un marché sinistré, sans avoir le luxe de refuser les piges sous-payées. Plus un ouvrier spécialisé qu’une star…

Les stars sont à L’Équipe

27 October 2011: Eden Hazard, Hotel L'Hermitage Gantois, Lille, France. © Chris Elise/L'Equipe

27 October 2011: Eden Hazard, Hotel L'Hermitage Gantois, Lille, France. © Chris Elise/L'Equipe

En France, la référence de la presse sportive est le quotidien L’Équipe. Les photographes de L’Équipe sont les stars de ce métier. Alain Mounic, Nicolas Luttiau, Franck Faugère, Richard Martin, Jérôme Prévost, Marc Francotte, Mao, Pierre Lahalle, Didier Fèvre sont quelques uns des noms à connaitre si vous aimez la photographie de sports. Bien avant et bien plus que le mien. Leur talent et leur expérience de plusieurs décennies dans ce métier, dans tous les sports, sur tous les continents, dans toutes les conditions, leur confèrent un légitime statut de star. Statut que je n’approche pas, loin s’en faut.

Suivez aussi le travail de Franck Fife, de l’AFP et vous découvrirez un long parcours d’excellence. Appréciez – dans l’Équipe Mag par exemple – la diversité et la qualité des reportages de Lionel Hahn, photographe français, basé depuis plus de 10 ans aux USA. Mon ami Xavier Lainé était déjà photographe professionnel que je ne savais même pas me servir d’un reflex, et a couvert plusieurs Jeux Olympiques alors que je n’ai pas encore vécu mes premiers. JB Autissier en plus d’être un des photographes les plus sympas que j’ai pu rencontrer dans ce domaine, bosse chaque jour depuis des années, sur tous les sports, dans toute la France, avec talent, et couvre en plus, depuis plus d’un an l’actualité généraliste (news/people). La liste est longue des photographes professionnels français, de sports, en activité, qui ont fait, et font encore, leurs preuves dans ce métier.

En 5 ans de (jeune et courte) carrière, j’ai bien eu quelques parutions dans L’Équipe, mais via agence de presse. Tout photographe professionnel travaillant dans le sport en France, qui n’est pas mauvais, aura été publié un jour ou l’autre dans L’Équipe. Mes quelques parutions ne sont pas singulières. Être un pigiste régulier pour l’Équipe est déjà un niveau au dessus. Et je ne suis pas un pigiste régulier pour l’Équipe. Ma première commande directe du service photo de ce quotidien (de couverture d’un match de football) date de…fin 2011. Ma seule parution dans l’Équipe, hors agence, est une Une sur Eden Hazard qui date de fin octobre 2011. J’ai beau comptabiliser, depuis des années, des dizaines de matchs NBA, dans plusieurs salles à travers les USA, avoir photographié des Finals et Playoffs NBA, il s’avère que pas un seul de ces matchs NBA n’a été couvert pour le compte de l’Équipe. Pourquoi ? Peut-être parce que ce quotidien n’attend pas les services de la star que je ne suis pas. Rien d’anormal à cela.

Dans l’Équipe Mag, j’ai eu deux parutions en 5 ans: une photo NBA en pleine page (via agence), et 3 photos pour un article sur Joris Bert, premier français drafté en MLB. Point barre. Piètre bilan pour une star non ? Encore faudrait-il que je le sois. Mais cela n’a pas d’importance. Je suis un photographe professionnel de sports comme des centaines d’autres en France, déjà bien heureux, en mars 2012, de travailler dans le domaine qu’il aime.

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3 Responses to “Confessions d’une star”

  1. Bruno dit :

    Bonjour Christophe,

    Je pense sincèrement que tu es un peu modeste envers ton travail !!!!!Nous avons tous un ou deux photographes en modèle d’inspiration. Tu en fais certainement parti pour plusieurs d’entre nous (je suis dans cette liste), alors s’il te plait laisse nous rêver en te regardant comme une star ou simplement notre star.
    Au plaisir de revoir Christophe et je tiens aussi à te remercier pour ta gentillesse
    Amicalement
    Bruno

  2. Romain dit :

    Bonjour Chris,
    Comme le dit Bruno, tu es un peu modeste avec ton travail! tu oublies ton expo au Sportfolio à Narbonne! Et très peu de photographes peuvent se vanter d’être publié et encore moins dans des magazines comme l’Equipe ou Reverse…
    Effectivement, sans parler de star, on pourrait dire de toi, ton travail (car je ne te connais pas personnellement à part t’avoir croiser autour du terrain des Huskies de Rouen) inspire beaucoup de « encore-plus-jeune » photographes, y compris moi.
    Cordialement
    Romain

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